La Médiation au sein du groupe Orange France Télécom
Un médiateur national sera mis en place pour les salariés "les plus fragiles" d’ici la fin de l’année à France Télécom-Orange, a annoncé vendredi dans un entretien au Parisien, Stéphane Richard, le directeur général du groupe ébranlé par plusieurs dizaines de suicides depuis 2008."Les choses se sont améliorées même si on n’a pas encore atteint la situation d’apaisement, de sérénité, à laquelle j’aspire", a déclaré M. Richard.
"Nous avons plus de 100.000 salariés en France. Parmi eux, il m’a semblé important de chercher à apporter des solutions aux quelques centaines de personnes les plus fragiles dans notre entreprise et qui ne trouvent pas aujourd’hui de réponses en proximité, poursuit-il. Ce sont des situations souvent complexes et parfois symboliques de la persistance de blocages".
"Avant la fin de l’année" sera créée une "structure de médiation nationale qui sera présidée par Jean-François Colin, l’un des meilleurs spécialistes des relations humaines dans les entreprises", a-t-il expliqué. M. Colin a été directeur des ressources humaines à la SNCF, à Air France, a dirigé l’Agence nationale pour l’Emploi et a été conseiller social de l’ancien président François Mitterrand.
France Télécom a aussi annoncé vendredi une grande opération de communication interne à destination des salariés, baptisée "Hello tour", qui passera par près d’une trentaine de villes et servira à montrer la diversité des activités du groupe et à "renforcer le sentiment d’appartenance".
M. Richard admet qu’avec les syndicats "la confiance n’est pas totalement rétablie". "Je ne prétends pas que la crise est réglée, ajoute-t-il. On ne fait pas prendre un virage à un navire comme France Télécom aussi vite qu’un hors-bord".
La "structure de médiation" concernera notamment les salariés éloignés de l’entreprise pour des dépressions ou des longues maladies.
Pour Pierre Dubois (CFDT), ce n’est "pas une mauvaise idée" si on peut aussi intégrer dans ce dispositif "les salariés très éloignés de leur bassin de vie" du fait des mobilités.
"Le réseau RH de France Télécom est tellement loin de ses missions premières que tous les cas de réintégrations de personnes malades depuis plusieurs années se passent mal", remarque Nabyl Beldjoudi (Force ouvrière), jugeant "très bien" l’intervention d’un médiateur.
Pour Pierre Morville (CFE-CGC-Unsa), "cela procède d’un bon sentiment" mais d’autres mesures sont "plus attendues", comme par exemple le renforcement du réseau des médecins du travail et des assistantes sociales.
"Ce n’est pas ce qu’attendent les salariés", juge aussi Patrice Diochet (CFTC), qui craint que le médiateur soit "trop loin des préoccupations des salariés".
"La question de la prise en compte des cas les plus fragiles est posée depuis longtemps", ajoute Christian Mathorel (CGT), mais dans le mot médiation, "il y a l’idée d’une coresponsabilité que nous récusons. La situation est entièrement de la responsabilité de l’entreprise", affirme-t-il.
Patrick Ackermann (Sud-PTT) a jugé de son côté que "la question ne peut se limiter au traitement de quelques centaines de cas décrétés insolubles".
France Télécom a été ébranlé par une série de suicides qui a mis au jour une grave crise sociale interne. Direction et syndicats ont dénombré 35 suicides en 2008 et 2009. Depuis janvier, 23 salariés se sont encore suicidés.
Le système de management a notamment été mis en cause.
